Excellence de la lecture spirituelle

Publié le par Clément LECUYER

"Tous les saints ont estimé cet exercice un des plus importants de la vie spirituelle. Saint Paul y exhorte Timothée : Appliquez-vous à la lecture des bons livres, lui écrit-il ; Saint Jérôme en recommande la pratique journalière à Népotien : Chaque jour, lui dit-il, soyez fidèle à lire quelque bon livre. Pour comprendre l'importance de cet avis, représentons-nous un grand monarque qui, voulant introduire à sa cour un de ses sujets étrangers aux usages de ce nouveau séjour, lui députeraient pour le former quelques-uns de ses principaux officiers. Avec quel zèle ce sujet si favorisé ne devrait-il pas écouter les conseils des envoyés du prince ! Or, les auteurs des livres spirituels sont précisement ces envoyés, que Dieu nous députe pour corriger en nous ce qui est incompatible avec la vie du ciel et nous rendre dignes de prendre place parmi les anges et les saints. La lecture de leurs écrits fait revivre, pour nous instruire, ces hommes de Dieu, si dignes de tous nos respects. Nous n'avons point à envier le bonheur de leur contemporains : par leurs écrits, ils nous parlent comme s'ils vivaient avec nous, et par un heureux charme, par un divin enchantement, nous jouissons d'eux et de leurs précieux entretiens, avec cette différence que, sous certains rapports, nous gagnons plus à lire leurs écrits qu'à entendre leurs discours. Car, 1° la prédication s'oublie et ne peut plus se retrouver, tandis que la lecture se retrouve toujours dans les livres qui la contiennent ; 2° la prédication passe avec la rapidité de l'éclair, et il est difficile de la méditer ; la lecture demeure sous nos yeux tant que nous voulons, et nous avons tout le loisir de la méditer dans toutes ses parties, de nous l'incorporer et de la changer en notre propre substance ; 3° dans la prédication, on ne fait que passer vite devant le feu sacré, et on n'a guère le temps de s'échauffer. Dans la lecture, on demeure tant qu'on veut devant le feu divin ; on s'en laisse pénétrer, échauffer, à son gré ; 4° dans la prédication, on applique souvent aux autres ce qu'on entend, sans songer à se l'appliquer soi-même ; dans la lecture, au contraire, seul avec son livre, on s'applique bien mieux à soi-même les vérités saintes ; 5° un livre descend dans des détails pratiques que ne comporte pas toujours le genre plus élevé du sermon. De là vient que la lecture spirituelle a changé tant de pécheurs en saints ; témoin ces deux courtisans de l'empereur Théodose, que convertit la lecture de la Vie de saint Antoine, et saint Ignace, que convertit la lecture de la Vie des saints ; témoin enfin l'expérience de chaque jour. Une bonne lecture bien faite relève l'âme abattue, console l'âme désolée, encourage l'âme languissante, fortifie les faibles, recueille les dissipés, réchauffe les froids et les tièdes, perfectionnes les justes, à ce point que quiconque est fidèle à sa lecture journalière se soutient et avance dans la piété, et quiconque la néglige se relâche. Est-ce là l'estime que nous faisons de la lecture spirituelle ? y sommes-nous fidèles chaque jour ? Avons-nous un temps marqué pour cet exercice ?"